Entretien avec Jean-Louis Rouvet, charpentier de père en fils

Jean-Louis ROUVETChez les Rouvet, le métier de charpentier est un héritage que l’on transmet aux plus jeunes.  Jean-Louis Rouvet  n’a pas échappé à la règle : le patron de l’entreprise La charpente Courvilloise, située à Courville-sur-Eure et membre du réseau Respire Chartres, est le cinquième à s’être vu transmettre le savoir-faire, devenu quasiment génétique dans cette famille. Il a aussi été le témoin privilégié de l’évolution de son métier. Jusqu’à quel point le métier de charpentier a-t-il évolué ? Il fait le point sur une partie de ces changements dans cet article.

Respire : Quelles ont été les évolutions du métier de menuisier-charpentier depuis les 50 dernières années ?

 
Jean-Louis Rouvet :
Les conditions d’exercice du métier de charpentier étaient les mêmes il y a cent ans et il y a encore cinquante ans : les charpentiers travaillaient beaucoup avec des essences de bois locales, principalement du chêne et du peuplier. La construction était artisanale. Le marché était caractérisé par un coût de main d’œuvre modique contre une matière première au prix élevé. Cette situation explique que beaucoup de matériaux utilisés pour les nouvelles constructions de l’époque provenaient de la récupération.

En 1981, cette tendance s’est inversée : nous sommes passés sur un marché caractérisé par une baisse du prix de la matière première et une augmentation du coût de la main-d’œuvre. Les techniques se sont industrialisées : l’utilisation du lamellé-collé [lien vers « Petits mots », où lamellé-collé sera expliqué] s’est généralisé. Plutôt que de continuer à superviser le déroulement des chantiers, les maîtres d’ouvrage se sont mis à acheter les matériaux et à chercher plutôt des poseurs que des charpentiers.

Enfin, depuis environ un an, le marché s’est quasiment effondré. Dans le secteur du bâtiment, il y a 600 emplois de perdus par année, juste en Eure-et-Loir. L’une des causes est que l’État a diminué l’enveloppe des subventions aux communes. Du coup, les communes font moins de travaux. Or, des entreprises qui répondaient uniquement aux marchés publics se tournent maintenant aussi vers le secteur privé. Ainsi, pour survivre, les artisans qui couvraient initialement ce secteur ont dû adapter leurs prestations : c’est la raison pour laquelle un grand nombre d’entreprises sont aujourd’hui généralistes. Je sais bien qu’il faut manger, payer les factures et les salaires de ses ouvriers, mais c’est déplorable. Dans Respire, nous nous battons pour défendre les spécialistes.

R.: En quoi l’évolution des exigences thermiques a modifié la conception des charpentes ?

J.-L.R. : Ce n’est que du bonheur pour nous ! Le bois étant un matériau très performant et écologique, il est mis en valeur par les nouvelles normes thermiques et par conséquent, ça nous apporte davantage de travail. Pour répondre à l’évolution des exigences, nous sommes passés également à des poteaux d’ossature qui sont légèrement plus épais : auparavant, nous installions du 110 ; maintenant, nous installons du 145, voire, exceptionnellement, du 222.

 R.: En quoi le passage de la charpente à la maison ossature bois a-t-il entraîné le développement de nouvelles compétences ?

J.-L.R. : En ce qui nous concerne, le fait de passer de l’un à l’autre n’a rien changé dans nos techniques de travail ou nos compétences. Celles-ci vont surtout concerner l’aspect architectural des constructions. Beaucoup de bâtiments avec une ossature bois sont aujourd’hui bâtis en forme de cube : leur aspect est très moderne et le volume à chauffer est moindre qu’avec un bâtiment équipé d’un toit pentu. Ce genre architectural rend les bâtiments plus économes en énergie, mais aussi en frais de construction. Ce phénomène s’applique autant au neuf qu’aux extensions. Ensuite, s’il y a une deuxième compétence que ce genre nouveau de bâtiments appelle, c’est la compétence à ériger des toits végétalisés.

R.: Selon vous, y-a-t-il des matériaux écologiques qui seront utilisés dans le futur et qui permettront de réduire les coûts de construction en ossature bois ?

 J.-L. R. : Le bois est déjà un matériau écologique, aux multiples qualités ! Il est naturel et régénérable. Dans le bâtiment, chaque pièce de bois exerce une fonction particulière : le chêne, un bois très dur et qui supporte bien l’humidité, est employé pour faire les fondations, tandis que le sapin  ou le peuplier sont utilisés en hauteur pour leurs vertus de légèreté et de flexibilité. Enfin, dans un avenir assez rapproché, quand le coût de l’énergie deviendra exorbitant, le bois retrouvera toutes ses lettres de noblesse car il n’est pas énergivore, que ce soit en transformation ou en installation.

 Propos recueillis par Valérie Lamy