Dans un contexte tendu où les entrées en apprentissage en 2014 poursuivent leur baisse [- 3,2 % par rapport à 2013], Respire a souhaité interroger des chefs d’entreprises et des jeunes sur leurs expériences de l’apprentissage. Nous avons choisi d’en exposer les aspects positifs mais également les difficultés rencontrées parfois. Nous avons rencontré l’entreprise Franck Segretain Couverture à Fontaine la Guyon. Christine Segretain, l’épouse du gérant, qui s’occupe de la gestion comptable et de l’administration de l’entreprise, s’exprime :

Respire : Depuis combien de temps formez-vous des apprentis ?

Christine Segretain : « Depuis la création de l’entreprise, il y a 14 ans, nous accueillons chaque année un jeune en apprentissage, sauf pendant 2 années, où après une expérience malheureuse nous avons fait un break. En ce moment, nous formons Kevin, un Bac Pro de 18 ans, et Baptiste, un CAP première année de 17 ans. »

Respire : Quelles sont vos motivations lorsque vous recrutez un apprenti ?

Christine Segretain : « La motivation première est d’avoir dans quelques années de la main-d’œuvre qualifié. La désaffection pour les métiers du bâtiment est préoccupante et si les chefs d’entreprise ne prennent pas le temps de transmettre leur savoir faire, l’avenir de l’artisanat du bâtiment n’est pas garanti. Même si dans un premier temps l’investissement financier pour l’entreprise n’est pas rentabilisé par l’efficacité au travail du jeune, au bout de quelques mois son niveau technique lui permet d’être plus autonome. Tout dépend de sa motivation … »

Respire : Comment expliquer que certains entrepreneurs ont renoncé à prendre des apprentis ?

Christine Segretain : « Dans le cas de Kevin, il est sûr de son choix. A la fin de son CAP où il avait goûté aux chantiers et au monde de l’entreprise, il s’est engagé dans la poursuite de sa formation en couverture par goût pour ce métier. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas ! Lorsque les CAP choisissent une spécialité par défaut, ils viennent parfois au travail sans envie et ne se rendent pas compte de l’investissement en temps et en énergie que cela représente pour l’adulte qui les forme.

A contrario, certains chefs d’entreprise prennent le jeune pour un tâcheron et ne lui confie que des occupations inintéressantes ce qui peut décourager les jeunes même les plus décidés !

Malheureusement beaucoup de CAP ne poursuivent pas après l’apprentissage … Néanmoins,deux de nos ouvriers sont d’anciens apprentis, ce qui prouve que c’est encore aujourd’hui la meilleure façon de recruter quelqu’un de vraiment qualifié. »

[Franck Segretain et son apprenti Kevin reviennent du chantier et entrent dans les bureaux pour se joindre à notre conversation.]

Apprentissage chez SegretainRespire : Kevin, pourquoi as-tu choisi la couverture et comment te sens-tu dans cet univers professionnel ?

Kevin : « J’ai fait un stage de découverte où de nombreux métiers étaient présentés et, un jour, il y a un couvreur qui est venu … Ça m’a plutôt branché d’être dehors, d’être en équipe. Et puis, j’ai toujours été intéressé par le bâtiment, la couverture c’est ce qui vient finir la maison, j’ai l’impression que mon travail est important. Mais parents sont cadres, mais ils m’encouragent dans cette voie. C’est un moyen d’entrer vite dans la vie active, d’avoir des moyens financiers et d’être autonome. L’apprentissage pour moi, c’est le mieux, tu as l’expérience du chantier, la théorie ne suffit pas. J’ai de la chance dans cette entreprise parce que j’ai le sentiment de vraiment apprendre un métier ! Ça n’a pas toujours été le cas … J’ai eu de mauvaises expériences auparavant. Mon Patron est passionné et il sait faire passer son savoir. »

Franck Segretain : « Je considère que c’est aujourd’hui la seule façon d’avoir des professionnels qualifiés. C’est la raison pour laquelle je suis assez strict sur la technique car je considère que donner une vraie formation de qualité, c’est le meilleur service que je puisse rendre à ces jeunes. Ils n’auront aucun mal à trouver un emploi dans l’avenir. Nous sommes à la recherche d’un chef d’équipe depuis plus de six mois ! Très peu de personnes se sont présentées et elles n’avaient pas le niveau pour le poste. Avec le taux de chômage en France, c’est incroyable !»

Respire : Pourquoi les métiers du bâtiment sont-ils si dévalorisés en France ?

Franck Segretain : « Pour moi, c’est le principal obstacle dans le recrutement, on sous-estime l’intelligence et la réflexion indispensables pour devenir un excellent couvreur. Le système scolaire pousse vers la voie professionnelle des enfants en échec scolaire et ne sachant pas ce qu’ils désirent. Ils nous arrivent démotivés et en rébellion face à l’autorité. Dans ce cas, il est rare que le jeune poursuive son apprentissage, il change de filière et se décourage.

Par contre, quand on voit que certains CAP qui désirent poursuivre leur formation deviennent meilleurs ouvriers de France … Moi, en tant que professionnel, j’ai de l’admiration ! »

« Je suis le premier à encourager le gamin qui a du talent et qui veut aller le plus loin possible dans sa formation. Kevin a le bon état d’esprit, il est prêt à travailler, il a la maturité d’accepter que l’on ne sait pas tout au bout de quelques mois, il écoute et fait de son mieux. Je suis optimiste quant à son avenir et je lui tendrais la main le moment venu. C’est ça le vrai esprit de l’artisanat

Franck Segretain Couverture
Impasse du Bois Bélier, 28190 Fontaine La Guyon
Tél : 02 37 22 45 13 / Email : fcsegretain@orange.fr
Site internet : www.segretaincouverture.com

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